La Bête de Varennes :

Sire Tobias de Varennes du Chatz-Bleu, dit TOTO, dit Pie-Rate... (en raison de ses démêlés avec les pies qui viennent se servir librement dans le noyer...)

 

 

Ce tableau conservé à Versailles représente le jeune Louis peint par son père, Jean-François Garneray (1783-1857), en compagnie de son animal préféré... un maine coon de toute évidence ! Cette peinture figure dans Louis Garneray, peintre -écrivain - aventurier, Bibliothèque de l'Image, 1997 - 2002, ouvrage précieux, puisqu'il est le seul disponible concernant ce grand peintre et écrivain romantique.

Mais ce qui m'intéresse ici, c'est de remettre en cause l'idée selon laquelle le Maine-Coon est un chat d'introduction récente en France. Il était déjà présent à l'époque des Lumières, comme le démontre sans contestation possible ce tableau... Il est évident que la véritable vénération que je porte à Garneray s'est trouvée accrue lorsque je suis tombé sur cette image qui montre l'affection de cet enfant pour son chat.

Le Maine-Coon résulte, selon certains, d'un croisement entre les solides chats de ferme et les angoras (on a dit que les angoras blancs offerts par la Reine Marie-Antoinette à Axel de Fersen lors de son voyage en Amérique étaient pour quelque chose dans l'apparition de cette race, mais cela est manifestement faux, puisque le jeune Garneray, qui est breton, possèdait un maine-coon français déjà parfaitement typé, vers 1793).

 

Mais ce n'est pas le seul document attestant de l'ancienneté de cette race de chats en France. On peut, par exemple, évoquer ce tableau de Jean-Baptiste Perronneau, daté de 1745 et qui se trouve à la National Gallery de Londres :

Les poils latéraux en peigne ou en râteau couvrant les orifices auditifs (excellente protection contre les tempêtes de neige) ne laissent aucun doute !

 

Marguerite Gérard, femme-peintre, contemporaine de Garneray, nous a laissé de délicieux tableaux, parmi lesquels celui-ci, intitulé Jeune fille donnant à boire du lait à son chat ou Le déjeuner du chat. Il semble bien que la grosse bête perchée sur le tabouret soit bel et bien un Maine Coon...

 

Ce félin s'apparente au Norvégien (Norsk Skogkatt), très proche, qui est également un chat qui s'est adapté au climat des régions nordiques (comme si chez le chat, animal oriental, le fait d'être exposé à un climat froid amenait l'expression de gênes favorisant certaines caractéristiques adaptatives ; le Maine-Coon possède, notamment, des poils sous les coussinets qui lui permettent de ne pas s'enfoncer dans la neige).

Il est possible que ce type de chat ait émigré aux Amériques aux alentours du XVIe ou XVIIe siècles car , chargé de protéger les provisions des marins de la dent des rats, il figurait sans doute parmi les équipages des bateaux en partance vers le Nouveau-Monde. Chat des régions froides et humides, il ne se trouvait pas à bord des galions espagnols en partance vers le Mexique, mais bien plutôt sur les bâtiments anglais, bretons et atlantiques qui cinglaient vers la côte Est ou la Louisiane.

Une autre version, très vraisemblable, le donne toutefois comme compagnon des Vikings de Leif Éricson (le fils d'Érik Le Rouge) qui, selon les Sagas, ont colonisé le mythique Vinland autour de l'an Mil à bord de leurs knorrs ; ces navigateurs se sont probablement établis dans la fameuse «Anse aux Méduses (Meadows)», à Terre-Neuve, où les archéologues ont retrouvé les traces d'un village scandinave. Dans les tombes, des squelettes de chats accompagnent ceux des humains.

Mais les Vikings se sont confrontés aux Skraelings (Indiens) et ont abandonné cette première colonie du Nouveau Monde. Leurs chats norvégiens, quant à eux, sont retourné à l'état sauvage, acquérant quelques traits distinctifs par le biais des lois de la sélection darwinienne. C'est probablement là que les marins malouins qui, déjà avant Christophe Colomb (vers 1470), fréquentaient ces parages en quête de morues, ont récupéré des Maine-Coons (d'où le chat de Garneray) : on sait notamment que, vers 1660, Basques et Malouins sont établis à Plaisance, sur la côte sud-est de Terre-Neuve.

C'est dans le Maine et la Pennsylvanie, parmi les Quakers (les fameux Couâcres, chers à Voltaire [Lettres anglaises ou Lettres philosophiques] que cet animal, que l'on a comparé au raton-laveur en raison de son physique,

Raton-laveur

(racoon : A carnivorous North American mammal (Procyon lotor) having grayish-brown fur, black masklike facial markings, and a black-ringed bushy tail. [The American Heritage Dictionnary])

s'est parfaitement acclimaté. Les mauvaises langues racontent que les premiers Puritains débarqués sur ces territoires hostiles, en plein hiver, eurent la vie sauve grâce à ce chat sympathique, capable de ramener une dinde sauvage ou un saumon à ses maîtres (car c'est évident, il préfère la nourriture cuite... et rapporte volontiers ses proies - j'en sais quelque chose). Le Thanksgiving Day, célébration nationale aux U.S.A., en novembre, commémore la fête donnée en l'honneur des indiens Wampanoag par les colons, en 1621 à Plymouth, afin de les remercier de leur aide durant le rude hiver... ce qui, bien entendu, est la version officielle de cette histoire, les Américains ayant toujours refusé d'admettre qu'ils devaient leur survie à un chat plutôt qu'à Pocahontas... (*)

 

Dernière découverte, dans le célèbre tableau de Gustave Courbet, L'Atelier de l'artiste (1855), on remarque ce détail :

 

Et plus précisément ce probable Maine-Coon blanc (trop poilu pour être un angora, mais je suis de mauvaise foi !) qui se vautre joyeusement aux pieds de Courbet :

 

En Argonne, j'ai souvent aperçu des chats de cette espèce, toujours arborant le superbe panache de leur queue tel le cimier qui ornait le casque du roi Henri IV. Leur présence relativement abondante sur ces territoires où s'est déroulée la Grande Guerre rappelle que durant ce conflit les Américains exportèrent des bateaux entiers de chats afin de lutter contre les rats qui envahissaient les tranchées. Ceux que l'on voit encore sont les descendants de ces chats d'Amérique qui ont combattu aux côtés des poilus.

L'arrière-[arrière...-] arrière grand-père de Toto, dans les tranchées (Toto dans la balancelle du jardin, au milieu des feuilles mortes, automne 2007).

 

ISBN: 2-914661-10-X

FORMAT: 24cm x 29cm 216pages

© Bibliothèque de l'Image 2002

Seul ouvrage disponible présentant la biographie et l'oeuvre picturale de Garneray.

Les principales oeuvres littéraires de Garneray.

 

Mes trois personnages historiques préférés : Louis Garneray, Austen Henry Layard, Jean Lafitte.

 

(*) Note : Après ce trait d'humour concernant le Maine-Coon, on peut conseiller, si l'on s'intéresse à la colonisation des Amériques, de revoir le film Le Nouveau Monde, et de lire l'excellent 1491 de Charles C. Mann.